Le ponton des soupirs

À chaque averse de larmes, l’enfant venait là, recevoir les caresses consolantes du soleil. De la douceur, il ne connaissait que le frais délice de l’herbe sous ses pieds nus. De la tendresse, il ne savait que la câlinerie du vent qui l’enlaçait et le berçait. Il avait choisi ce coin d’étang pour seule famille. L’autre, celle des gènes, celle pour qui il n’était que gêne, n’avait pas voulu de lui. Son esprit autant que son corps s’enfuyaient des foyers sans âtre où l’accueil dégageait des relents inhospitaliers. Et lorsque le courant de sa tristesse gonflait et débordait et déferlait, alors il venait offrir sa joue à l’étreinte râpeuse du ponton auquel il confiait son tourment. Dans les interstices des lattes de bois, s’étaient ainsi glissés mille maux d’enfant, faits de chagrin, de rage et d’incompréhension.

À la fin de l’averse, l’homme a bravé les herbes détrempées, précédé d’un enfant, qui rit dans la rosée. Dans les yeux de l’homme, brillent des larmes de fierté et son cœur déborde d’adoration pour ce fils que la vie lui a donné. Il a retrouvé son coin d’étang. Le ponton a vieilli, les maux gravés se sont estompés. En silence, les deux êtres d’une même famille se sont assis sur les lattes de bois, rendues douces par leurs mains unies. Alors, l’homme, ce père, a confié au ponton ses soupirs apaisés, les soupirs d’un bonheur enfin gagné.

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Photo Sandrine Bronner

 

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